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5 septembre 2021 – 5 septembre 2026 : cinq ans après, que reste-t-il de la promesse de refondation ?

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Cinq ans après la chute d’Alpha Condé, le 5 septembre 2021 reste l’une des dates les plus marquantes de l’histoire politique récente de la Guinée. Ce jour-là, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya, renversait le président Alpha Condé et ouvrait une nouvelle séquence politique. Cinq années plus tard, la Guinée a profondément changé, mais les interrogations sur la gouvernance, les libertés et la consolidation démocratique demeurent.

En 2021, le changement de régime avait suscité un mélange d’espoir, de soulagement et d’incertitude. Les nouvelles autorités promettaient une refondation de l’État, une justice érigée en « boussole », la lutte contre la corruption, la dépolitisation de l’administration et, surtout, une transition devant aboutir au retour à l’ordre constitutionnel.

Cinq ans plus tard, le contexte est radicalement différent. La transition militaire a officiellement pris fin avec l’élection présidentielle de décembre 2025 et l’installation de Mamadi Doumbouya à la présidence en janvier 2026. La nouvelle architecture institutionnelle issue de la Constitution adoptée en 2025 est désormais en place. Les élections législatives et communales de mai 2026 ont également permis de reconstituer une partie des institutions élues.

Des acquis visibles sur le plan économique et infrastructurel

Le premier argument avancé par les partisans du pouvoir concerne la transformation économique et les investissements. Depuis 2021, les autorités ont placé les infrastructures, le secteur minier et le programme Simandou 2040 au cœur de leur stratégie de développement.

La volonté de mieux valoriser les ressources minières guinéennes, de développer les infrastructures de transport et d'accélérer les investissements constitue l'une des principales ruptures revendiquées par le pouvoir. Le secteur minier, notamment autour de Simandou, est devenu un levier majeur de la politique économique nationale.

Cette dynamique nourrit l'ambition de faire de la richesse minière un moteur de transformation structurelle plutôt qu'une simple source de recettes publiques.
Mais l'enjeu est désormais de savoir si ces investissements se traduiront durablement par des emplois, une amélioration du pouvoir d'achat, des services publics plus efficaces et une réduction des inégalités.

La justice : entre volonté affichée et exigence de résultats

La lutte contre la corruption aura également marqué les cinq dernières années. Plusieurs responsables publics et anciens dignitaires ont été poursuivis dans le cadre de procédures judiciaires très médiatisées.

Pour le pouvoir, ces actions traduisent la volonté de rompre avec l'impunité. Pour ses détracteurs, elles soulèvent toutefois la question de l'indépendance de la justice et de l'égalité de traitement entre les différents acteurs politiques.

C'est probablement l'un des principaux défis de l'après-5 septembre : faire en sorte que la justice soit perçue non comme un instrument de règlement politique, mais comme une institution indépendante, crédible et accessible à tous.

Car une véritable refondation ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes poursuivies, mais à la capacité de l'État à garantir les mêmes règles au puissant comme au citoyen ordinaire.

Le grand paradoxe : une transition née d'un coup d'État devenue pouvoir électif

C'est sans doute l'un des éléments les plus importants de l'analyse.

Le 5 septembre 2021, Mamadi Doumbouya arrivait au pouvoir par un coup d'État. Cinq ans plus tard, il dirige un État dont les institutions sont issues d'un nouveau cadre constitutionnel et d'élections. Ce passage du pouvoir militaire au pouvoir électif constitue une transformation majeure de la séquence ouverte en 2021.
Mais cette évolution ne met pas automatiquement fin aux débats sur la démocratie.

La question n'est plus seulement de savoir si la Guinée est revenue à l'ordre constitutionnel. Elle est désormais de savoir quelle qualité de démocratie le pays veut construire : quelle place pour l'opposition ? Quelle liberté pour la presse ? Quelle capacité pour la société civile à contrôler l'action publique ? Quelle indépendance pour les institutions ?

Ces interrogations sont d'autant plus importantes que plusieurs organisations et acteurs politiques dénoncent depuis plusieurs années une réduction de l'espace civique et des restrictions concernant les libertés publiques.

Cinq ans après, le 5 septembre change donc de signification

En 2021, le 5 septembre était présenté comme une rupture.

En 2026, il doit surtout devenir un moment d'évaluation.

Le président Mamadi Doumbouya lui-même a appelé, à l'occasion du cinquième anniversaire, à ne pas considérer cette date comme un jour de triomphe, mais comme un moment de « deuil, de gravité et de mémoire », en rendant hommage aux personnes mortes lors des événements et dans la période qui a suivi.

Cette posture traduit une évolution dans la manière de raconter le 5 septembre : de la rupture politique vers une mémoire nationale plus large.

Le véritable bilan se jouera dans les prochaines années

Cinq ans représentent suffisamment de temps pour dresser un premier bilan, mais pas nécessairement pour tirer une conclusion définitive.

La Guinée dispose aujourd'hui d'un nouveau cadre institutionnel, d'ambitions économiques importantes et d'un vaste programme de transformation autour de Simandou. Mais elle doit également relever le défi de consolider l'État de droit, renforcer la confiance dans les institutions, garantir les libertés publiques et faire en sorte que la croissance économique profite au plus grand nombre.

Le 5 septembre 2021 avait promis une refondation. Le 5 septembre 2026 impose désormais une question plus exigeante : cette refondation est-elle devenue une réalité durable ou reste-t-elle encore un chantier ?

L'histoire ne jugera pas seulement le pouvoir de Mamadi Doumbouya sur les infrastructures construites ou les réformes annoncées. Elle le jugera aussi sur la solidité des institutions qu'il aura laissées, la place accordée aux libertés, la qualité de la justice et surtout la capacité de la Guinée à construire un État qui survive aux hommes et aux régimes.

Cinq ans après le 5 septembre, la véritable bataille n'est donc plus celle de la prise du pouvoir. Elle est celle de l'héritage.

Kogno Célestin Sagno pour 224infos


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